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Le pouvoir de la confiance

🥄Temps de lecture : 
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Bientôt ! Bientôt les doigts de pied en éventail, les vagues qui viennent vous caresser les orteils, et le luxe total de s’adonner aux activités les moins productives de la Terre - type raquettes de plages et autre construction de châteaux de sable. 

Mais attention : une vague un peu plus forte que les autres, et patatras : votre château pourrait bien s’effondrer… et au passage vous rappeler fort inopinément les théories collapsologistes qui infusent de plus en plus nos fils d’actus - et auxquelles 65 % des Français adhéreraient (ouch). 

Bon, après l’année qu’on a passée, pas étonnant qu’on ait le moral dans les chaussettes - et les chaussettes quand on est en tongs, ce n’est vraiment pas confortable. Alors parce que c’est l’été et qu’on a décidé de voir le verre de mojito à moitié plein, dans cette nouvelle Spoune, on vous parle du pouvoir de la confiance ou pourquoi il faut être optimiste (et on file en prime non pas UN, mais DEUX jeux de l’été). 

On aurait envie de vous dire : allez-y les yeux fermés. Mais gardez-les quand même un peu ouverts, ne serait-ce que pour lire cette newsletter… ‍

Salut Spoune, on se connaît ?‍

Non mais quand même. Vous nous lisez depuis un certain temps (et vous êtes de plus en plus nombreux ! Merci <3). Et on ose espérer qu’avec le temps, newsletter après newsletter, on a gagné un peu de votre confiance...

Mais ceci étant dit, le constat est là : on s’est habitués à se méfier de tout, tout le temps. Les études se multiplient pour évoquer une perte de confiance globale dans les institutions, les politiques, les médias, les scientifiques… Première conséquence de cet âge de la défiance ? On devient tous sujets au syndrome de Kaa - ou le paradoxe de la confiance : on se méfie instinctivement de toute personne qui cherche à obtenir notre confiance.

Kaa ? Mais si, vous savez : dans Le Livre de la Jungle, c’est le serpent qui hypnotise Mowgli en lui chantonnant « Aie confiance » - alors qu’il compte juste l’engloutir pour son quatre heures. En tout cas, ce syndrome de Kaa permet aussi d’expliquer le fonctionnement de la confiance, en trois coups de langue :

1 - Avant de nous fier à quelqu’un, nous avons besoin de le connaître. Ne serait-ce que pour savoir s’il aurait un quelconque intérêt à nous mener en bateau. Et c’est plus facile quand cette personne est votre ami plutôt que votre banquier.

2 - La confiance est proportionnelle à la proximité. Déjà que prêter de l’argent à un ami, ça peut être un beau leap of faith, prêter de l’argent à un inconnu, ça paraît tenir de l’inconscience.

3 - La défiance peut aussi être affective. Si je me moque du milieu économique, je serais d’autant plus méfiant avec ses représentants (banquiers, conseillers financiers, politiques…)

Le syndrome de Kaa est tellement enfantin qu’il mérite bien un petit dessin :

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Dieu m’a donné la foi

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L’histoire de l’argent, c’est d’abord une histoire de confiance. Fiduciaire vient du mot latin pour confiance (“fiducia”). Et aux origines de la confiance, il y a… la religion. Au tout départ, la monnaie était considérée comme un talisman à caractère quasi-divin. En clair : les pièces, les billets, notre CB n’existe que parce que nous y croyons. D’ailleurs, sur l’île de Yap, au milieu du Pacifique, on utilise pour monnaie locale des énormes pierres complètement intransportables - les pierres raï. L’avantage ? On peut avoir laissé couler sa fortune au milieu du lagon sans vraiment l’avoir perdue - puisque tout le monde sait qu’elle est à vous. Et si vous préférez les références moins exotiques, sachez que le mot allemand pour monnaie - « geld » - a la même racine que le mot signifiant le sacrifice divin. 

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OK Spoune. Et je fais comment pour trouver mes gars sûrs ?

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Et bien, en réalité, ça ne dépend que de vous. La confiance s'accommode bien des modèles exemplaires. Alors soyez pour la société le gendre idéal que vous voudriez voir votre enfant épouser. 

Comment ? Par exemple en appliquant les trois conseils pour croire en l’autre de Mark Hunyadi dans son livre “Au début est la confiance”.

1 - Comptez sur l’effet réversif de la confiance. En partant du principe que vous n’êtes ni un tricheur ni un menteur, si quelqu’un vous accorde sa confiance, vous serez beaucoup plus enclins à vous montrer digne d’une certaine forme d’estime. Et donc prêt à lui faire confiance aussi. Mark Hunyadi compare cet effet réversif à un système de don, contre don. La confiance de l’autre suscite en retour la confiance en vous.

2 - Faites confiance en premier. Vous serez toujours gagnant car vous faites preuve de magnanimité, ce que les stoïciens ou ce bon vieux René Descartes considèrent comme une attitude noble. Plus vous ferez confiance, plus vous vous sentirez optimiste et installé dans la société. Encore mieux : les autres vous accorderont plus facilement la leur.

3 - Instruisez-vous. S’emparer des sujets sur lesquels on veut avoir confiance comme une cause citoyenne réduira la distance affective et sociale qui conduit à la défiance. 

Ces trois conseils sont aussi à la base de ce que des biologistes de Harvard ont appelé l’altruisme réciproque et qui serait un des piliers de l’évolution humaine. Car même si la compétition a des avantages en termes d’émulation, la coopération peut elle aussi être un moteur de progrès hyper puissant… Et surtout, elle initie un cercle vertueux, comme l’a montré le psychologue David Rand (listé en 2012 comme une des 50 people who will change the World par le magazine Wired) : 


Et ça, ça rendrait presque foi en l’avenir aux penseurs les plus pessimistes. Alors pourquoi pas vous ?

Votre jeu de l’été #1

On ne vous la fait pas et ni ces schémas, ni ces belles paroles ne suffisent à vous convaincre ? Crénom, c’est vrai que vous êtes méfiant ! Mais cette fois, on a encore mieux qu’un tableur excel : The Evolution of Trust, un petit jeu interactif qui applique la théorie des Jeux pour comparer les résultats à long terme des stratégies des gens honnêtes et des tricheurs. Sa conclusion ? La confiance est bien la stratégie la plus efficiente car elle maximise les bénéfices du plus grand nombre. Autrement dit, la confiance est presque une stratégie égoïste. Quand on vous dit que vous pouvez y aller les yeux fermés :)

Un dernier truc avant que vous ne partiez vous baigner… (aka votre jeu de l’été #2)

La confiance, c’est un peu comme le capital soleil : pour qu’elle dure longtemps, il faut quand même un peu la protéger. Alors avant de se quitter en toute confiance, on vous a préparé un quiz : dites-nous en quoi (ou qui) vous avez toute confiance, et on vous dira quel Spouneur confiant êtes-vous ?

Vous avez toute confiance en votre meilleur ami.

Votre profil : Vous êtes un confiant aimant et comme René Descartes, vous voulez être exemplaire. Alors vous avez confié cet argent à votre ami parce que vous savez qu’il vous le rendra un jour avec beaucoup d’amour. Vous aimez les grandes histoires d’amitié et le risque un peu, aussi. 
Votre destination :
Très Petits Mouchoirs, vous filez sur le bassin d’Arcachon.

Vous avez toute confiance en votre banque.

Votre profil : Vous êtes un confiant assez commun mais au fond, qui a dit qu’il fallait réinventer la roue ? La crise de 2008 a fait peur aux gens mais vous a montré une chose : les banques sont too big too fail. Le coffre, le compte-courant, la CB, il y n’a que ça de vrai. 
Votre destination :
Comme tout le monde, vous irez Ă  Marseille.

Vous avez toute confiance en votre agent immobilier.

Votre profil : Vous êtes un confiant offensif. L’argent ne dort pas dans une banque ni sur le compte d’un proche, il doit se décanter dans les murs d’un bon vieux placement. D’ailleurs, vous ne faites confiance à personne, vous obéissez juste aux lois d'airain de l’investissement. 
Votre destination :
Vous laissez les autres claquer leur PEL et vous restez à Paris au mois d'août.

Vous avez toute confiance en : votre petit coin de paradis.

Votre profil : Vous êtes un confiant un peu filou. Très peu de conventions chez vous, vous avez depuis longtemps pris le large de la sécurité (voire de la légalité) et avez décidé de faire confiance aux îles désertes, mais avec de belles boîtes aux lettres. 
Votre destination :
Vous êtes aventureux, fougueux et bah tiens, le Panama, ça a l’air sympa.

Vous avez toute confiance en : Votre matelas.

Votre profil : Vous êtes un confiant pragmatique. Vous n’êtes jamais mieux servi que par vous-mêmes et vous ne faites confiance à personne, surtout pas au système. Vous adorez Éric Cantona, le cash et les serrures à trois points. Cet été, vous restez chez vous. 
Votre destination :
Franchement, où pourriez-vous aller ? 

Vous avez toute confiance en : Votre chance.

Votre profil : Vous êtes justement (un peu trop) confiant. Mais les 3000 pubs sur les paris sportifs diffusées à la mi-temps des matchs de l’Euro auront eu raison de vous. Vous faites confiance au destin, aux grosses côtes et à cette petite série d’évènements de votre vie qui vous fait dire que « cette fois, ça y est, c’est la bonne ». 
Votre destination :
Cette année, vous foncez à Lourdes.

Uppercut de fin soirée

En 1739, David Hume écrit son Traité de la nature humaine. Et ça commence par ramer. « Deux hommes qui tirent sur les avirons d’un canot le font d’après un accord ou une convention bien qu’ils ne se soient jamais fait de promesses l’un à l'autre (...) Cette expérience nous donne confiance dans la régularité de leur conduite pour l’avenir. » Pour Hume, la confiance fonctionne quand nos mouvements s’harmonisent, quand nous sommes motivés à passer une convention tacite avec l’autre qui nous rappelle les bienfaits de la coopération. Des siècles plus tard, un autre penseur luxembourgeois reprendra cette théorie de la confiance tacite dans La Confiance. Un mécanisme de réduction de la complexité sociale (1968). Niklas Luhmann nous dit que nous ne pourrions pas faire 100 mètres sur une route si nous n’avions pas confiance dans le comportement des autres automobilistes. Nous leur faisons confiance en les croisant. La confiance repose alors sur un « faire comme si » et n’est fondamentalement qu’un pari sur les comportements attendus. Facile.