Spoune

Spoune, c'est 2 emails par mois 📩
pour devenir money-smart 💡
Abonnez vous !
Bienvenue à bord ! à très vite dans votre boîte aux lettres.
Oops! Something went wrong while submitting the form.
Recevoir Spoune

Le tourisme médical, on en pense quoi ?

🥄Temps de lecture : 
5
 min.

Alors, ça s’annonce comment, vos vacances ? Vous hésitez encore ? Rando dans les Pyrénées, plages de Sardaigne ou pasteis de nata à Lisbonne ? On a une autre idée pour vous : la Roumanie. Mais si, la Roumanie ! Ses châteaux, ses villages médiévaux, et ses… dentistes. Tous excellents, francophones, et même trois à quatre fois moins chers qu’en France.

Et si on profitait des vacances pour aller se faire soigner à l’étranger ?

Ce n’est pas une blague, mais une vraie tendance — et donc le sujet de la Spoune d’aujourd’hui.
Simplement avant que vous n'alliez tous passer sous le bistouri en Uzbekistan, une précision qui va de soi : déjà que nous ne donnons aucun conseil financier, juridique ou d'investissement, nous donnons encore moins de conseils médicaux. Nous ne sommes pas médecins 👩‍⚕️

What ? Partir à l’étranger pour se soigner ?

Et ce n’est même pas si nouveau : l’Inde a été pionnière dans le domaine en proposant dès 2005 un visa médical. En 2015, elle en délivrait plus de 230 000 – aussi bien pour de la chirurgie orthopédique que pour des traitements anticancéreux. Et il n’y a pas que l’Inde. En 2022, le marché du tourisme médical s’élève à 100 milliards d’euros dans le monde – autant que le chocolat, c’est dire 🍫 Mieux encore : c’est un marché en pleine explosion avec une croissance à deux chiffres depuis une dizaine d'années… et qui devrait atteindre 260 milliards d'euros en 2027.

Tout ça grâce à plusieurs facteurs :

  • 👴 Le vieillissement des populations occidentales ;
  • 👩 La très bonne formation des médecins dans de nombreux pays (y compris émergents ou pauvres) ;
  • 🩺 La diversification des soins proposés par les pays les plus pauvres ;
  • 🌍 Les prix bas du transport, surtout de l’aérien.

Et tout ça a de quoi donner la bougeotte à de plus en plus de malades… Aux US, des dizaines de milliers d’Américains sans assurance partent chaque année soigner leurs dents au Costa Rica voisin – pour des factures 40 à 70% moins chères. (Bon, et quand on voit comment les nouvelles dents de Tom Cruise ont boosté sa carrière, il y a de quoi être tenté). Résultat : 40% des hôpitaux costaricains sont occupés par des étrangers !

Le phénomène touche aussi des malades atteints de choses beaucoup plus graves. Pour 20% des Américains, se battre contre le cancer coûte plus de 20 000$ par an. Alors entre l'explosion des coûts des traitements et des assurances, ils sont de plus en plus nombreux à aller en Inde, en Thaïlande ou en Corée du Sud pour avoir accès à une radiothérapie…

Les Américains, OK. Mais en France, on a la Sécu !

Et on en est fiers ! Effectivement, en France, les traitements des cancers sont couverts à 100%. Oui oui, 100% — et ça vaut le coup de le rappeler, c’est quand même une chance folle. En revanche, pour tout ce qui n’est pas couvert, les Français n’hésitent pas à sauter dans l’avion : en 2014, 1,3 million d’entre nous avaient déjà été soignés à l’étranger, soit 2% de la population. Si ça vaut vraiment le coup ? Regardons 🧐

Vous devez vous faire poser une prothèse dentaire

  • Devis de votre dentiste parisien : une couronne en céramique - 700€
  • Remboursement de la sécu : 70 % sur une base de 107,50€, soit 75,25€. Gloups.  
  • Prise en charge de la mutuelle : entre 200 % et 400 %, selon la mutuelle. Mais 200% de quoi ? De la base sécu justement, soit 215€ pour un remboursement à 200%.
  • Bilan des courses : 700 - sécu - mutuelle = 409,75€ de reste à payer de votre poche.

Oui mais le prix s’oublie… la qualité reste. Non ?

C’est ce que disent Les Tontons Flingueurs, oui. Mais le prix n’est pas le seul motif de soin à l’étranger. Les conditions d’accès à certains actes médicaux sont parfois plus souples ailleurs : c’est le cas pour la PMA en Belgique ou en Espagne 👶 Résultat, 80% des dons d’ovocytes se font à l’étranger. Et malgré la loi “PMA pour toutes”, il y a peu de chances d’inverser la tendance. Pour au moins 3 raisons :

  • Le temps d’attente : 3 à 5 ans pour un don d’ovocyte en France – presque autant que pour une adoption. Mieux vaut ne pas être trop pressé de pouponner…
  • La sécu, qui ne rembourse que 4 cycles complets pour les couples hétéros, et seulement pour les femmes de moins de 43 ans.
  • Plein d’autres raisons : vouloir le même donneur pour son deuxième que son premier enfant, avoir le choix quant à l’anonymat du donneur, obtenir des soins plus spécialisés suite à plusieurs échecs…

Si on peut faire un peu de tourisme en même temps, why not…

La Hongrie n’est pas réputée pour ses plages de sable blanc ? Clairement, vous n’avez jamais entendu parler des eaux turquoises du célèbre Lac Balaton. Associer l’utile à l’agréable est même devenue la spécialité de l’Afrique du Sud : depuis les années 90, le pays propose des « scalpels safaris », des séjours very all-inclusive puisque tout est compris, depuis l’opération de chirurgie esthétique jusqu’au séjour dans un hôtel de luxe en passant par le safari aménagé pour convalescents…

OK Spoune, ma valise est prête. On part où ?

À chaque pays sa spécialité !

Des implants en Turquie

Si de passage à l’aéroport d'Istanbul vous croisez une multitude d’hommes de 40 ans, le crâne rasé et écorché, pas de panique : ils sont juste venus se faire poser des implants.

  • Le + : le prix, trois fois moins cher qu’en France
  • Le - : les implants sont une procédure sans risque, sous légère anesthésie locale, qui prend entre 2 heures et 2 jours (pour un chauve intégral). Bref, la Turquie est à l’implant capillaire ce que Fontainebleau est à l’alpinisme : le risque est limité.

Des nouvelles dents en Hongrie

Vive le marché unique européen ! Puisque la Hongrie est dans l'Union européenne, la sécurité sociale française rembourse les soins dentaires réalisés en Europe de l’Est, comme en France.

  • Le + : le prix (bis), trois à quatre fois moins cher qu’en France
  • Le - : il concerne moins les classes moyennes françaises que les populations locales. Quand les meilleurs médecins partent dans le privé, cela crée des pénuries dans les établissements publics. C’est le cas en Europe de l’Est, et c’est pire encore en Inde où les cliniques privées bien trop chères pour les Indiens prolifèrent au détriment du système de santé. Dans ce paradis pour occidentaux en quête d’un bypass à bas prix, 70% des dépenses de santé restent à la charge des habitants. Un contre-modèle absolu.

Une lipo en Tunisie  

La chirurgie esthétique, le Maghreb en a fait sa spécialité. D’ailleurs, les instagrameurs et instragrameuses tout droit sortis des Princes de l'amour en font la promo à gogo sur les réseaux (avec plus ou moins de réussite).

  • Le + : le prix (ter), deux à trois fois moins cher qu’en France.
    Le - : attention, des fesses ou des seins plus rebondis, ça peut faire sourire. Sauf que derrière ces derrières (hoho) se cache un problème plus sérieux : qui paye en cas de complications ?

D’après une étude britannique, les surcoûts d’une opération de chirurgie esthétique ratée seraient de 10 000€ par patient (EMOJI $)

Avec en plus un risque d’introduction dans le pays de bactéries multi-résistantes ! Faut-il alors que le système de santé public, la NHS au Royaume-Uni, prenne en charge ces complications ? Le débat fait rage…

Alors, verdict ? On part ou on part pas ?

En termes de soins médicaux, impossible de tout mettre dans un même gros sac. Certaines opérations, sous anesthésie générale par exemple, sont plus risquées que d’autres : à vous de vous renseigner sur le pays d’accueil et son système de santé avant de sauter le pas.

Donc pour résumer :

Étape 1 : On va déposer une gerbe sur la tombe d'Ambroise Croizat au Père Lachaise, ministre du Travail à la Libération à qui l’on doit la Sécurité Sociale.

Étape 2 : Pour toute opération chirurgicale (esthétique ou non), avant d’ouvrir Skyscanner, cela vaut peut-être le coup de tenter de négocier les prix avec votre chirurgien en France (si si, promis, ça se fait !).

Uppercut de fin soirée

L'Uppercut de votre prochain dîner

Quand certains profitent des vacances pour se soigner, d’autres font tout pour se mettre en danger. C’est le cas des centaines de voyageurs du monde entier qui se rendent chaque année dans un des haut-lieux du “tourisme noir”, ou thanatourisme. Parmi ces lieux ? Auschwitz, la forêt des suicidés au Japon, la prison S21 de Pnom Penh au Cambodge, la centrale de Tchernobyl (qu’on visitait, avant la guerre, muni de son propre compteur Geiger). Ou encore, au Rwanda, les circuits “gorilles & génocide” (on repassera pour le bon goût) que proposent des agences qui n’ont clairement aucun scrupule. Ça promet pour le débrief de rentrée…