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L'investissement nostalgique

L’investissement nostalgique

Vinyles, t-shirt 90’s, console de rétrogaming… Sous le sapin, on trouvera encore plein de ces cadeaux nostalgiques, aka ces cadeaux dont on rêvait enfant ou ado mais qu’on n’avait jamais pu s’offrir. Jusqu’à aujourd’hui…

La période des fêtes est toujours propice à la nostalgie, et en ce moment peut-être plus que jamais. Et en matière de finances ? La nostalgie peut-elle être une bonne conseillère financière ? Miser sur le passé, est-ce une bonne stratégie d’investissement ?

Petit coup de rétroviseur pour la Spoune du jour, qui – sans tomber dans le piège du passéisme – va s’intéresser à la valeur du passé.

What the Spoune ? Si j’ai bien compris une chose depuis que je vous lis, c’est qu’investir, c’est justement miser sur le futur… non ?

Tout juste ! Le premier critère de l’investissement, c’est la perspective d’une valeur accrue dans le futur. C’est même sa définition :

L’investissement est une dépense dont l'objectif à long terme est d'augmenter la richesse.

Bon, mais une fois qu’on a dit ça : peut-on investir sur la base de la valeur passée ? Alors qu’on lit sur tous les sites de finance que “les performances passées ne préjugent pas des performances futures” ?

Quand on voit le prix de certains de nos rêves d’enfants, il y a de quoi se poser la question : 

  • cartes Pokemon à 65 000$ (contre 2 € le paquet de 6 à leur sortie)
  • cartouche originale de Zelda à $870 000 (contre $50 à sa sortie)
  • $27 500 la video de Rocky (contre $20 à sa sortie)
  • un iPhone 1 à $63 000 (contre $500 à sa sortie)

OK Spoune, si ces objets se revendent aussi cher, c’est qu’a priori ce sont de bons investissements, non ? Non… ?

Mouais. Disons que ce que les collectionneurs payent dans ces cas-là, c’est surtout le prix de la nostalgie.

Pourquoi nos rêves d’enfants sont priceless ? Parce qu’ils sont à la croisée de plusieurs phénomènes : 

  • L’enfance, cet âge d’or : Comme le dit Kevin Kelly : “Chaque personne a une définition différente de “l’âge d’or”, qui correspond en général à quand elle avait 12 ans” – si l’âge d’or est relatif, alors la valeur de vos souvenirs aussi…
  • Le repli nostalgique : quand le futur fait peur, le passé apparaît comme une vraie valeur refuge

Nos rêves d’enfants sont d’autant plus inestimables qu’ils étaient à l’époque inaccessibles. C’est ce que dit la loi de croisement du temps et de l’argent :

Dans la vie, quand on a du temps, on manque d’argent. Et quand on a de l’argent, on manque de temps.

En graphique, ça donne ça :

Bref, le passé ne s’achète pas, mais ses vestiges, oui. Résultat, les kidults sont de plus en plus nombreux à dépenser sans compter pour s’offrir un bout de leur passé. Et le marché de la nostalgie ne s’est jamais aussi bien porté… 

OK, Spoune, mais miser sur le passé n’est pas forcément débile. Il y a plein d’objets dont la valeur augmente avec l’âge. Non ?

Oui, il y en a plein ! Timbres, vins, antiquités… Plein d’objets de collection sont de bons investissements – tant que vous n’êtes pas le seul à les collectionner (spéciale cacedédi aux fiers membres du Dull Mens Club). 

Mais à partir de quand un objet de collection devient-il vraiment précieux ? Comment savoir si les gens s’y intéresseront encore dans 20 ans ? Peut-on prédire la valeur d’un objet à partir de son ancienneté ? Apparemment oui, selon la géniale loi de Lindy

Lindty ? Comme le chocolat ?

Non, comme le restaurant mythique de NYC où se produisaient des comédiens de stand up. La loi de Lindy, énoncée par Albert Harry Goldman, dit que :

Plus un comédien vient depuis longtemps, plus sa longévité sera élevée.

Et quand on élargit ? La loi de Lindy dit que l’espérance de vie d’une chose non périssable est proportionnelle à son âge. Pour le dire autrement : plus on est vieux, plus on vit longtemps

Bon, évidemment, ça ne marche pas pour les individus… mais ça marche pour plein d’autre trucs :

  • Les écrivains : plus un écrivain est lu depuis longtemps, plus longtemps il restera connu
  • Les restaurants : plus un restau est ancien, plus il sera quali
  • Les animaux : les requins, stade ultime de l’évolution, sont apparus il y a 400 millions d’années et seraient l’espèce la plus susceptible de continuer à vivre aussi longtemps

(Parenthèse good vibes : bon, homo sapiens est bien parti pour démentir la loi de Lindy car pas sûr que notre espèce, apparue il y a 300 000 ans, tiendra aussi longtemps…)

Mais revenons-en au sujet. La loi de Lindy est ce qu’on appelle une power law (loi de puissance), qui traduit une relation exponentielle entre deux facteurs. En gros, c’est une variante du théorème de Pareto, qui dit que 20 % des causes produisent 80 % de effets.

Visuellement, ça ressemble à ça :

Et là aussi,  ça s’applique à plein de choses : 

  • Les noms de familles : 20 % des nom de famille représentant 80 % de la population
  • Les mots de vocabulaire : 20 % des mots utilisés représentent 80 % de nos conversations
  • Le sport : plus on est fort, plus c’est difficile de progresser
  • Et, donc, la longévité d’une idée : plus une idée est ancienne, plus elle va durer (la fameuse loi de Lindy, coucou le stoïcisme)

Mais donc il faut bien miser sur le passé ? La nostalgie peut-être une stratégie ? On peut inventer la “nostaltrégie ?”

Ah ! Certes, le concept est tentant. Mais attention ! Il faut faire la différence entre : 

  • Les souvenirs qu’on survalorise par attachement sentimental
  • Les valeurs sûres qui tiendront dans la durée – et qu’on a même tendance à dévaloriser par habitude/lassitude. 

Eh oui ! On est souvent tellement obnubilés par la perspective du rendement à court terme qu’on a tendance à dévaloriser les investissements de long terme – certes un peu moins sexy que les cryptos, mais nettement moins risqués. 

Alors que, comme disait Warren Buffet : la meilleure stratégie d’investissement (et accessoirement la moins stressante), c’est le placement de long terme dans un business qui a fait ses preuves. Alors si la loi de Lindy permet de prédire quelles entreprises vont durer le plus longtemps, il y a bien de quoi dire “merci Lindy”.

Conclusion

Le passé a-t-il un prix ? Evidemment que non : rien ne peut racheter le temps passé. Alors si vous cédez aux sirènes de la nostalgie ce Noël, faites la différence entre la valeur sentimentale et la valeur du passé. Même si, ceci étant dit, un petit bonbon de nostalgie de temps à autre, ça ne fait jamais de mal :)

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