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N'attendez pas que la cuillère
en argent vous tombe dans la bouche

C'est quoi une stratégie de portefeuille ?

🥄Temps de lecture : 
7
 min.

Aujourd’hui, Spoune met les mains à la pâte et vous parle beaux produits, ingrédients croquants et temps de cuisson 🥄

Parce que finalement, la finance, c’est comme la cuisine : le vrai talent, c’est de savoir marier les bons ingrédients. Bienvenue dans le premier épisode de Top Chef version finance, ou comment mijoter une stratégie de portefeuille aux petits oignons.

C’est quoi, une stratégie de portefeuille ?

La cuisine, c’est l’art du mélange, la quête des assortiments de saveurs les plus efficaces. Et la finance, c’est un peu pareil : l’important, quand on commence à investir, c’est de choisir les placements qui vont le mieux se compléter. L’art de combiner ces placements, c’est ce qu’on appelle une stratégie de portefeuille.

Quand vous cuisinez, vous utilisez des céréales, des protéines, des légumes, des épices… Ces grandes familles d’ingrédients, en finance, on appelle ça les classes d’actifs : immobilier 🏠, épargne 💰, placements en bourse 📈...

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Les médias passent leur temps à vous expliquer quelles actions acheter. Mais en réalité, la répartition de vos investissements entre les différentes classes d'actif compte pour 90 % dans le rendement de votre portefeuille… bien davantage que le choix des actifs en eux-mêmes.

Le choix des actifs est donc totalement secondaire à côté du choix des classes d’actifs.

Mais ça, en général, personne ne vous le dit (tout comme les grands cuistots qui gardent toujours jalousement leurs recettes…).

Ça marche comment ?

Votre grand-mère avait raison : il ne faut jamais mettre ses oeufs dans le même panier. Elle, elle s’en était rendu compte en rentrant du marché. C’est Harry Markowitz, prix Nobel d’économie en 1990, qui a prouvé que c'était aussi vrai en bourse.

En deux mots ? Si vous misez tout sur un seul investissement et que vous tombez sur le mauvais cheval, vous aurez tout perdu 😭. En revanche, en investissant sur un panier d’une vingtaine d’actions, vous diluez votre risque : le mauvais cheval ne représentera plus que 5 % de votre investissement. Chaque classe d’actifs suit son propre cycle.

Une stratégie de portefeuille réussie consiste donc à se diversifier sur tous les plans :
► Géographiquement (on est jamais à l’abri d’une révolution)
► Sectoriellement (matières premières, nouvelles technos…)
► Et par type de produit (actions, obligations…)

La diversification permet donc de diminuer le risque quasiment sans diminuer votre rendement.

Comment on fait ?

OK mais si vous n’avez jamais été un cordon bleu ? Où est-ce qu’on trouve le bon livre de recettes ?

Dans le genre chef trois étoiles au Michelin, il y a David Swensen : pendant 30 ans, il a géré le fonds d’investissement de l’université de Yale (lui faisant gagner 8 milliards de dollars au passage) avant d’être nommé conseiller économique spécial de Barack Obama. On vous donne sa recette.

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La recette de Swensen c'est :

30% d’actions domestiques
+ 15%
d’actions internationales
+ 5%
d’actions de marchés émergents
+ 20%
d’immobilier
+ 15%
d’obligations
+ 15 %
d’obligations indexées sur l’inflation

Ça donne quoi ?

On sait que le passé ne préjuge pas du futur, mais si on teste cette stratégie sur le marché américain depuis 1970, voilà ce que ça donne :
► Rentabilité annuelle moyenne : 6,4 % (contre 7,6 % pour une stratégie 100 % actions)
► Pire performance annuelle : -35 % (contre -49 % pour la stratégie 100 % actions)

En gros : on perd un tout petit peu en rendement les bonnes années, mais on perd surtout beaucoup moins quand ça va mal. Et on s’épargne au passage pas mal d’ulcères.


Dis Spoune, t’es sûr que c’est une bonne idée pour moi ?

Encore une fois, c’est comme en cuisine : tout le monde a sa propre recette du gâteau au chocolat. Et on ne peut pas savoir à votre place laquelle vous allez préférer.

Pour vous donner un aperçu : il y a la recette type Swensen (et encore, même lui ne la respecte pas toujours), mais dans un genre totalement différent, il y a celle de Nicholas Nassim Taleb, professeur à NYU et à Wharton. Pour lui, l’important, ce n’est pas d’avoir une stratégie de portefeuille théoriquement efficace. C’est de se prémunir avant tout contre le risque de ruine.

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Les haltères de Taleb 💪

Pour éviter la ruine, Taleb recommande de placer 90 % de son portefeuille sur des actifs très peu risqués (obligations du trésor, fonds euros). Et d’utiliser les 10 % restants sur des actifs à très haut rendement potentiel. Parce qu’il vaut mieux chercher à faire x2 sur une petite partie du portefeuille que de chercher à faire + 10% sur l’intégralité.

Taleb appelle ça la stratégie de l’haltère : ça consiste à mettre deux gros poids aux extrémités, mais rien au milieu. Bref, à concentrer le risque sur les extrémités.

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Pour aller plus loin, lisez Unconventional Success : la bible des investisseurs individuels, par David Swensen l’homme qui a rendu riche Yale. Allez également faire un tour sur portfoliocharts pour comparer différentes stratégies de portefeuille.

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Faites le bilan de vos comptes et placements existants : calculez le pourcentage de votre portefeuille que chacun représente et regardez si votre répartition est déséquilibrée. Si oui, vous savez désormais quoi faire du chèque de Mamie à Noël.

3

Uppercut de fin de soirée

ou l'info pour se la donner

Retenez bien le théorème de Swensen : la répartition des supports d’investissements impacte 90% de la rentabilité de votre portefeuille.

Ce qui est cool avec ce théorème, c’est que finalement, il s’applique à plein de sujets de la vie de tous les jours. L’ingrédient magique, ça n’existe jamais. L’important, c’est de cumuler les bons ingrédients.

Exemples ? Dans une présentation client, la mise en forme du document et le discours oral comptent autant que le fond. Dans un dîner ? Ne misez pas tout sur le vin, et dites-vous que l’entrée compte autant que le plat ou le dessert. Vous voyez d’autres applications ? N’hésitez pas à nous le dire ici.

Crédits images : Fernando Molina (illustration 1 et 4), Uljana Pojalyi (illustration 2), Gasp art (Illustration 3)