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Welcome to Digital Nomads' land 

đŸ„„Temps de lecture : 
6
 min.

Votre boss : « Coucou c’est moi ! Le dĂ©confinement, ça avance. Encore quelques semaines et tu vas enfin pouvoir revenir au bureau 

— Vous :Â đŸ˜± » 

Cette fois, le retour au bureau se prĂ©cise et pourtant
 vous vous en sentez bien incapable. Lors du premier confinement, vous avez appris Ă  enchaĂźner rĂ©us sur la table du salon et brainstormings dans le canapĂ© 🛋 — sans oublier les webinars Ă  la cuisine. Ces derniers mois, vous avez peaufinĂ© vos Excel Ă  Honfleur et fignolĂ© des prez depuis le Perche. Mais maintenant, vous voulez voir encore plus loin :

Vivre entre Paris et le Portugal et payer vos impÎts en Estonie tout en bossant pour une boßte allemande.  

Bref, vous rĂȘvez de nomadisme digital et de Yolo Economy : lassĂ© de votre boulot et confortablement installĂ© sur le joli matelas d’épargne accumulĂ© cette annĂ©e, vous rĂȘvez plus grand et avez diminuĂ© votre aversion au risque. Du coup, vous voulez le fromage et le dessert, le beurre et l’argent du beurre, le salaire londonien, le loyer hongrois et l’ensoleillement andalou. 

Alors, comment faire pour devenir le Jason Bourne du monde du travail (et accessoirement ne plus jamais voir votre boss qu’en visio) ?
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C'est quoi le nomadisme digital ? 

Si on vous dit qu’entre Internet, l’espace Schengen, les vols low-cost et les libĂ©ralisations de visas, il n’a jamais Ă©tĂ© aussi facile de voyager ? Vous allez nous dire “Thank you Captain Obvious”. 

Ceci dit
 MĂȘme si la pandĂ©mie a un peu compliquĂ© les choses, aujourd’hui, des millions de personnes travaillent sans avoir de bureau, ni mĂȘme vivre dans une ville ou un pays fixes. Certes, la plupart sont des indĂ©pendants. Mais mĂȘme les entreprises se mettent de plus en plus au 100% distanciel. La question ne sera bientĂŽt plus oui ou non, mais plutĂŽt : oĂč et combien de temps ?

Les derniers mois l’ont prouvĂ© : en dĂ©pit des rĂ©ticences initiales de votre patron, travailler de la maison de campagne de votre pote Marine ou d’un Airbnb Ă  Lisbonne n’a aucun impact nĂ©gatif sur la qualitĂ© de votre travail. Au contraire, ça a un impact trĂšs positif sur votre santĂ© mentale.

Alors, pourquoi rester Ă  un seul endroit si on peut travailler de n’importe oĂč, pour peu que le wifi soit correct ?

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Les meilleurs spots pour planter sa tente digitale ? 

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â›łïž Les incontournables 

Il y a les grands classiques : le Canada terre d’accueil, Londres la ville-monde, le hygge de Stockholm ou Copenhague. Et les invitĂ©s surprises, comme la Roumanie. Vu les prix moyens de la connexion Internet et du loyer, Bucarest mĂ©rite largement son surnom de “ville de la joie”.

🌎 Ceux qu’on ne voit pas venir mais qui ont tout compris 

Dans certains pays, on n’a jamais eu de pĂ©trole, mais on a des idĂ©es pour accueillir les tĂȘtes bien faites. Quelques exemples :

  • Portugal, RĂ©publique tchĂšque, Barbade Croatie : ces pays dĂ©livrent un “visa de travail numĂ©rique” : pour peu que vous remplissiez les critĂšres (revenu suffisant, casier judiciaire vierge, assurance voyage), vous pouvez y obtenir un visa d’un an assez facilement.
  • GĂ©orgie : un test PCR nĂ©gatif, un revenu minimum de 1670 euros par mois
 et voilĂ , vous ĂȘtes Ă©ligible au programme d’accueil des nomades numĂ©riques Remotely from Georgia . Et pour vous, c’est par Tbilissi la sortie. 
  • L’Estonie : le pays qui a crĂ©Ă© Skype dans les annĂ©es 2000 avait peut-ĂȘtre eu la prĂ©monition que le tĂ©lĂ©travail deviendrait un jour la norme. Alors en 2014, ils ont crĂ©Ă© une e-residence pour entrepreneur. A toutes fins utiles, sachez que :
  • Vous n’ĂȘtes pas tenu d’y sĂ©journer.
  • L’impĂŽt sur le revenu est de 20% Ă  Tallinn. Et pour tout le monde.
  • Vous y coupez Ă  100% (oui oui) si vous rĂ©injectez vos bĂ©nĂ©fices dans votre entreprise 💰Enregistrer son entreprise se fait (littĂ©ralement) en quelques clics. La gĂ©rer aussi. 
  • Enregistrer son entreprise se fait (littĂ©ralement) en quelques clics. La gĂ©rer aussi. 

Cette petite prouesse de digitalisation du service administratif a permis Ă  l’Etat estonien d’engranger 17 millions d’euros en 2020 ; c’est peut-ĂȘtre un dĂ©tail pour vous, mais pour un pays d’à peine plus d’un million d’habitants, ça veut dire beaucoup.

🌮 Les exotiques 

Alors oui, c’est mignon l’Estonie, mais on ne peut pas s’y promener Ă  dos d’élĂ©phant ni faire du buggy dans le dĂ©sert.

Voici quelques destinations oĂč vous serez sans doute un peu moins productifs
 mais oĂč il y a de quoi se faire de vrais kifs.

(Petit rappel: ces pays plus ou moins autoritaires restent trĂšs, trĂšs sĂ©vĂšres avec les Ă©trangers qui s’y croient tout permis, et on va dire que la sĂ©curitĂ© juridique n’est pas vraiment leur point fort).

Bali : Mecque des surfeurs et de quiconque a envie de find oneself, la capitale touristique de l’IndonĂ©sie s’est habituĂ©e au fil des annĂ©es Ă  devenir une seconde maison 🏡 C'est toujours bon marchĂ© et l’offre de rĂ©sidences, espaces de co-working et autres incubateurs n’a fait que s’étoffer.

Chiang Mai : la grande ville du nord de la ThaĂŻlande devient l’un des rendez-vous des nomades numĂ©riques. CoĂ»t de la vie modeste, exotisme tropical et Pad ThaĂŻ, loin des stations balnĂ©aires un peu glauques du sud du pays : de plus en plus de start-ups y fleurissent.

DubaĂŻ : il n’y a pas que les Marseillais qui y partent en virĂ©e... Depuis fin 2020 vous pouvez prĂ©tendre au Virtual Teleworking Program (visa et droit de rĂ©sidence d’un an, pour 237 euros et des revenus mensuels supĂ©rieurs Ă  5000 dollars). L’avantage qui fait la diff’ ? Vous bĂ©nĂ©ficierez de la gĂ©nĂ©rositĂ© locale en matiĂšre d’imposition : zĂ©ro impĂŽt sur le revenu, et zĂ©ro sur les sociĂ©tĂ©s.

La théorie des 5 drapeaux, ou comment devenir Jason Bourne

Pour ĂȘtre sĂ»r qu’un concept devient Ă  la mode ? Il suffit de regarder le nombre de bouquins qui lui sont consacrĂ©s Ă  la Fnac. Sur le Digital Nomadism, il y en a plein. Et en voici quelques rĂ©sumĂ©s :

  • La thĂ©orie des « Trois drapeaux » de Harry S. Schultz, pour qui vous devez avoir un premier passeport dans votre pays d’origine, un deuxiĂšme passeport et une adresse dans un pays fiscalement accommodant, ainsi qu’un troisiĂšme point de chute pour vos actifs financiers.
  • Dans Emergency, Neil Strauss (surtout connu pour son mythique guide ultime de sĂ©duction : The Game) rajoute Ă  ces trois premiers drapeaux deux autres drapeaux : un pays oĂč vous gagnez effectivement votre argent, et un cinquiĂšme oĂč votre agilitĂ© financiĂšre vous aura permis de vous offrir une belle rĂ©sidence secondaire.

Ce qui donne :

  • CitoyennetĂ©/passeport : choisir un pays qui n’impose pas l’argent gagnĂ© en dehors de ses frontiĂšres (ce qui Ă©limine les Etats-Unis). Un passeport apprĂ©ciĂ© des pays Ă©trangers (Suisse, UE) peut servir aussi.
  • RĂ©sidence lĂ©gale : choisir un pays fiscalement accommodant. Il parait que c’est pas si badant le Luxembourg.
  • Business base : choisir un pays oĂč mes revenus seront gagnĂ©s, donc avec un impĂŽt sur les sociĂ©tĂ©s minimal ! On vous l’a dit, l’Estonie c’est le new place to biz.
  • Asset haven : choisir un pays oĂč vous situerez vos actifs, donc avec une taxation du capital bien basse. Vous aimez les gaufres et les moules-frites ?
  • Terrain de jeu : choisir un pays avec de jolies incitations Ă  l’achat de propriĂ©tĂ© (Portugal, maisons en Italie Ă  1 euro) et une TVA Ă  ras du sol.


ExĂ©cutĂ© Ă  la perfection, ce plan vous permettrait d’ĂȘtre taxĂ© nulle part, et de minimiser le poids de l’Etat dans votre vie. Bref, le croisement ultime entre Jason Bourne et JĂ©rĂŽme Cahuzac. Attention cependant : il y a fort Ă  parier que vous deviez expliquer au fisc votre intĂ©rĂȘt soudain pour le hareng de la mer Baltique.

La fiscalité en France est ainsi faite que si vous opérez un montage dans le seul but d'éviter l'impÎt
 vous serez taxé dessus!


Plus les pĂ©nalitĂ©s, les intĂ©rĂȘts de retard, et on en rajoute une louche si on vous considĂšre de mauvaise foi. Alors attention : votre situation juridique doit reflĂ©ter votre situation rĂ©elle.

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Le backpacker VS le millionnaire, deux salles deux ambiances

AprÚs le merveilleux tour du monde que nous avons offert ci-dessus, revenons sur Terre. Cette douce folie nomade a des avantages, mais aussi un coût :

  • Imaginez-vous en jeune actif plein d’avenir, avec une source de revenus sĂ»re mais modeste. Les dĂ©penses liĂ©es Ă  votre nomadisme (avion, loyer) sont des coĂ»ts qui ne peuvent ĂȘtre compensĂ©s que par vos revenus. Vous vivez au rythme des guitares et du wifi, mais soyez prĂȘts Ă  vivre d’amour et d’eau fraĂźche avant la fin du mois. Sans parler du retour au pays, oĂč banques, assurances, propriĂ©taires et employeurs risquent de vous regarder avec de grands yeux ronds. Ou bien ne jamais rentrer ? AprĂšs tout Jack Sparrow n’était pas fait pour la terre ferme...
  • Imaginez-vous en Largo Winch, avec une source de revenus sĂ»re mais pas modeste du tout. Non seulement votre loyer roumain ou estonien vous offre un cadre autrement plus attrayant que votre clapier francilien,mais votre salaire rondelet vous permet d’épargner sous ce drapeau ou un autre.Mieux encore, vous ĂȘtes dĂ©jĂ  propriĂ©taire d’un bien, ou dĂ©tenteur d’une rente qui vous garantit une rentrĂ©e rĂ©guliĂšre.

Le Digital Nomadisme, comme aiment Ă  le dire ses adeptes, ce n’est pas une pratique de travail, c’est un Ă©tat d’esprit. Et ce dernier dĂ©pend tout de mĂȘme de la situation de chacun. Si vous n’ĂȘtes pas dans le cas de figure de Largo Winch, une option possible serait d’investir dans un bien avant de prendre le large. Vous aurez une attache au moins dans un port
 et des revenus locatifs.

Le digital nomadisme : est-ce pour tout le monde ? 

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Ulysse a fait un beau voyage entre Troie et Ithaque (et il a un peu pris cher au passage, aussi), mais il était content de rentrer enfiler ses charentaises sous le regard attendri de Pénélope. Oui, la vie de nomade est romanesque, mais pas forcément de tout repos :

  • DĂ©pendance absolue au matĂ©riel et au wifi. Une coupure d’électricitĂ©, un rĂ©seau social censurĂ© et votre vie de bureau vire au cauchemar.
  • Lutte intĂ©rieure entre vous et l’Incertitude, entre le mois vache grasse et le mois pain noir. On peut dire ça de tout travail free-lance, mais un revers de fortune est plus simple Ă  lisser quand on maĂźtrise tous les paramĂštres de son pays de rĂ©sidence. Vous savez dire “je te rembourse demain” en gĂ©orgien?
  • Ultramoderne solitude. Équiper une vie sociale de portes battantes et de Google Translate, c’est sympa en Erasmus, mais un peu frustrant en dĂ©but de trentaine. Vous pourriez Ă©galement vous sentir las de rencontrer, finalement, beaucoup de gens comme vous : nomades, digitaux, branchĂ©s sur le wifi du seul cafĂ© de Chiang Mai qui fait du Latte Art. « Tu as Internet, toi? » — on a vu mieux comme accroche.
  • Phobie administrative. Vous m’direz, dans l’Hexagone c’est parfois tout aussi laborieux, mais cinq drapeaux cinq dossiers santĂ©, impĂŽts annĂ©e X-1, caution, bail, etc.
  • Mal du pays : lĂ  encore, vous pouvez vous retrouver Ă  trop embrasser cinq drapeaux, mais Ă  tous mal les Ă©treindre.
  • Discipline personnelle : au bord de l’eau, soleil tapant, margarita Ă  1 eurođŸč, il faut une motivation en bĂ©ton pour s’y mettre. Mais Ă©galement pour s’avoir s’arrĂȘter, c’est aussi ça le revers de la vie “sans horaires”.

Uppercut de fin soirée

On l’avoue, il y a quelque chose d’un peu crispant dans la figure du digital nomad, dont la capacitĂ© Ă  donner des leçons surtout est Ă  la hauteur de son empreinte carbone. Alors voici un vĂ©ritable artiste du genre, le saint patron des nomades, l’ArsĂšne Lupin des lounges d’aĂ©roport: Ben Schlappig.

Depuis ses 16 ans, Ben a fait de son hobby sa vie : prendre l’avion Ă  l'Ɠil, en profitant de toutes les failles des programmes frequent flyers des compagnies aĂ©riennes. Il a commencĂ© par engranger des miles avec des paiements qu’il annulait par la suite (il possĂšde une quarantaine de cartes bancaires), puis il a tirĂ© le fil, pour passer en moyenne six heures par jour Ă  30 000 pieds. Mais bon, tout ça, c’était avant le confinement et le flygskam
 

Crédits images : Alexander Vidal (Illustration header), Charlie Davis (Body 1),Jeannie Phan (Body 2), Riikka Laakso (Illustration uppercut)