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Faut-il fuir les villes ?

đŸ„„Temps de lecture : 
7
 min.

C’est un couple qui s’échappe Ă  vĂ©lo Ă  travers une jungle luxuriante. DerriĂšre eux, Paris et son crĂ©puscule, symbolisĂ© par un Ă©norme soleil orange qui se noie dans le reflet de la Tour Eiffel


Non, ce n’est pas une de nos rĂȘveries solitaires (quoique) mais l'Ɠuvre de Jean Mallard pour illustrer un des phĂ©nomĂšnes les plus prĂ©gnants du moment : la fugue citadine đŸƒđŸŒâ€â™€ïž Qui ne s’est pas un jour jurĂ©, en se cognant le petit orteil sur le coin du lit de sa chambre mansardĂ©e : « c’est fini, demain je m’installe Ă  Saint-Cirq-Lapopie » ?

Vous l’avez compris, dans cette Spoune, on va s’intĂ©resser Ă  une question qui divise les Français encore plus qu’une Ă©lection prĂ©sidentielle :

Fuir la ville, est-ce une vraie bonne idée ?

Entrer en campagne

Soyons honnĂȘtes, la question est rhĂ©torique. DerriĂšre vos pintes en terrasse, combien de pensĂ©es vers la campagne ? De projets d’installations nĂ©o-rurales ? De rĂȘves de longĂšres dans le Perche ?À premiĂšre vue, il n’y a pas photo : la campagne bat la ville Ă  plate couture. Dans vos dĂźners entre potes, la campagne, c’est systĂ©matiquement :

  • plus grand
  • moins cher
  • moins polluĂ©
  • plus authentique

À l’inverse, la ville est perçue comme le mal absolu oĂč un monde prĂ©caire s’entasse dans des clapiers trop chers pour Ă©touffer dans le smog, la promiscuitĂ© et les faux-semblants...

OK Spoune, du coup le match est plié. A ciao, bonsoir ?

À premiĂšre vue, on aurait pu s’arrĂȘter lĂ  — vous dire de tout plaquer pour ouvrir une ferme en permaculture dans les Landes. Mais vous commencez Ă  nous connaĂźtre, la rĂ©ponse est un peu plus compliquĂ©e que ça. En rĂ©alitĂ©, notre attrait pour la campagne peut s’expliquer par deux biais cognitifs bien connus :

  • ‍Le biais de confirmation soit la tendance instinctive de l'esprit Ă  privilĂ©gier les informations qui confirment nos a priori. Exemple : J'ai toujours rĂȘvĂ© de vivre Ă  la campagne. Donc la campagne, c'est gĂ©nial.
  • L’effet de halo, ou « effet de notoriĂ©tĂ© » — selon lequel une premiĂšre impression positive est souvent plus forte que plusieurs informations nĂ©gatives reçues a posteriori. Exemple : La campagne, c'est joli. Donc mĂȘme si c'est loin et isolĂ©, la campagne, c'est gĂ©nial.

Pour Jean-Laurent Cassely, co-auteur de l’ouvrage La France sous nos yeux, ces perceptions sont capitales pour expliquer nos envies de fuite. Selon lui :« On regarde les projets nĂ©o-ruraux comme on lit les histoires de mariages princiers dans la presse people : pour se projeter dans une vie idĂ©ale ».Ce qui produit, dans nos tĂȘtes
 des reprĂ©sentations.

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Michael Douglas vs. Louis La Brocante

Dans le match « ville vs campagne », il est en fait moins question de statistiques que de projections mentales. Et aujourd’hui, celles-ci se portent plus vers le monde rural que citadin


  • Dans le coin gauche : les annĂ©es 90 et le stĂ©rĂ©otype du macho en costard trois piĂšces qui bosse dans la finance — aka Michael Douglas dans Wall Street.
  • Dans le coin droit : notre Ă©poque et un systĂšme de valeurs qui privilĂ©gie la proximitĂ©, l’environnement et l’authenticitĂ© — aka Louis la Brocante.

Et paf ! En 2022, c’est bien l’outsider Louis la Brocante qui met K.O la star Michael Douglas avec un crochet rustique... mais efficace. (❀ Victor Lanoux).

IntermĂšde rural #1 : Tous au Larzac ?

C’est le point Godwin des dĂ©bats sur l’exode urbain : « Bah on n’a qu’à tous aller Ă©lever des chĂšvres dans le Larzac ! » Mais au fait, que s’est-il passĂ© lĂ -bas ? Le Larzac, c’était moins la vague(lette) nĂ©o-rurale des annĂ©es 70 qu’un projet de rĂ©sistance anti-militariste. En 1971, le gouvernement dĂ©cide d’agrandir un camp militaire. Pendant une quasi-dĂ©cennie, des exploitants, (dont JosĂ© BovĂ©) et des nĂ©o-ruraux se rassemblent contre le projet. Bref, le Larzac, c’était moins une reconversion dans la fromagerie qu’un projet de ZAD avant l'heure...

AlimentĂ©es par nos reprĂ©sentations du passĂ©, nos envies de campagne s’expliquent aussi par une vieille exception française. Les preuves ?

  • 🏠 Les Français possĂšdent plus de rĂ©sidences secondaires que tous les autres pays europĂ©ens. Elles sont pour la plupart situĂ©es dans le sud et l’ouest, lĂ  oĂč la petite paysannerie Ă©tait installĂ©e avant la RĂ©volution.
  • 🚜 Notre attachement aux terroirs se lit mĂȘme dans notre vocabulaire : le terme « ville » vient du latin « villa » qui dĂ©signe une propriĂ©tĂ© paysanne, alors que les autres pays latins utilisent plutĂŽt « citĂ© » : ciudad, cittĂ , cidade

  • đŸȘ¶ MĂȘme les grands Ă©crivains ont maltraitĂ© les villes. Dans ses RĂȘveries, Rousseau parle de « tombeaux de l’humanitĂ© » alors que Voltaire pose dans Candide la conclusion bien connue : « Il faut cultiver notre jardin »...

IntermÚde rural #2 : La résidence secondaire, est-ce une bonne idée ?

Qui ne rĂȘve pas de son petit nid Ă  la campagne ? Attention : entre les impĂŽts locaux, les travaux et l’amĂ©nagement fermier chinĂ© sur Selency, le petit nid risque de vous coĂ»ter cher. Et surtout, d’ĂȘtre difficile Ă  revendre : la Creuse, ça reste un marchĂ© un peu moins tendu que Paris. Bon, aprĂšs, vous pouvez toujours avoir un coup de chance et miser sur le prochain Touquet — oĂč entre Macron et le confinement, les prix ont pris 20 % en deux ans.

OK Spoune, c'est bien beau vos histoires. Mais le monde bouge, et il bouge vite ! Et au-delà des représentations, il y a des faits...

Tout Ă  fait Thierry. Alors faisons de la gĂ©o maintenant. Parce que si vous vous rappelez vos cours de lycĂ©e, tous les soldes migratoires confirment depuis un siĂšcle un vĂ©ritable phĂ©nomĂšne : l’exode rural.

Ce ne sont pas les villes qui se vident, mais bien les villages qui se meurent.


Et si quelques Ă©tudes, ici ou lĂ , viennent timidement fragiliser la tendance (notamment depuis le premier confinement), les villes ne devraient pas disparaĂźtre de sitĂŽt... Pour HervĂ© Le Bras, le boss de l'analyse dĂ©mographique, les dĂ©placements (les vrais, pas les vagues projets...) s’expliquent surtout avec l’ñge des personnes car :

  • đŸƒâ€â™‚ïž Les jeunes quittent les zones rurales pour aller Ă©tudier et travailler en ville.
  • đŸ‘šâ€đŸŠŒâ€ À l’inverse, Ă  la retraite, les citadins refluent vers les zones rurales et les bords de mer.

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L’exode urbain est surtout la marque d’un cycle de vie qui privilĂ©gie diffĂ©rents espaces Ă  diffĂ©rents moments de l’existence. Ou, pour le dire autrement, si tous vos potes vous parlent de quitter Paris, c’est surtout parce qu’ils sont dans une pĂ©riode de leur vie qui les y encourage... ou parce qu'ils pensent ne pas avoir les moyens de continuer Ă  y vivre confortablement.

(By the way : si c'est le cas, c'est sans doute qu'ils n'ont jamais entendu parler de Virgil...)

IntermĂšde rural #3 : Life of EugĂšne

Quand on regarde le parcours du Rastignac de Balzac, il suivait dĂ©jĂ  cette trajectoire campagne — ville — campagne. Le petit EugĂšne naĂźt Ă  AngoulĂȘme. Adolescent, il rĂȘve de Paris. À 21 ans, il monte Ă  la capitale pour ses Ă©tudes. Jeune homme, il devient membre des « rouĂ©s parisiens » qu’il admirait tant Ă  son arrivĂ©e Ă  Paris. Puis, plus vieux, Rastignac s’ennuie dans ses fonctions ministĂ©rielles et part de plus en plus souvent... en province.

Si Rousseau et Voltaire critiquaient les villes, ils ne niaient pas eux-mĂȘmes qu’elles sont souvent un passage obligĂ© pour se trouver et s’accomplir. Les villes, ce sont les lieux oĂč les idĂ©es s’accouplent.

Pour résumer :

  • đŸ™ïž La ville est le lieu oĂč nous devenons qui nous sommes.
  • 🏡 La campagne est l’endroit oĂč l’on va une fois que nous savons qui nous sommes.

Bon au final, ville ou campagne... comment choisir ?

Loin de nous l’idĂ©e de vous dire quand et comment partir, mais voici quelques idĂ©es pour votre prochaine discussion en terrasse :

La checklist pré-reconversion paysanne

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  • Attention aux biais cognitifs : parler de s’installer Ă  la campagne ne veut pas dire que tout le monde est en train de le faire.
  • Ne confondez pas weekend bucolique et projet de vie Ă  long-terme. Non, ce petit Airbnb prĂšs des vignes en fleurs, ce n’est sĂ»rement pas la vraie vie Ă  l’annĂ©e.
  • N’oubliez pas que choisir c’est renoncer. Rappelez-vous que la tyrannie du choix est une Ă©tape souvent obligatoire pour apprendre Ă  sortir de sa zone de confort (et de son cocon).
  • Une fois bien dĂ©cidé·e·s, faites-vous accompagner. Que ce soit un tiers-lieux, un projet de reprise de ferme ou la rĂ©invention des cafĂ©s village. Sinon, ça pourrait bien mal tourner.
  • Si vous voulez rester en ville mais que vous avez du mal Ă  le supporter, sachez que ce trĂšs beau projet prend en compte les Ă©motions des citadins pour imaginer d’autres maniĂšres de faire la ville.

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Certes, l’opposition ville/campagne est particuliĂšrement tranchĂ©e dans un pays hyper centralisĂ© comme la France. Mais on peut aussi voir le verre Ă  moitiĂ© plein : on peut rĂȘver de campagnes redynamisĂ©es ET de villes plus vertes et plus supportables. Et si, un jour, Louis la Brocante pouvait ĂȘtre heureux Ă  Paris ?

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Uppercut de fin soirée

DĂ©cidĂ©ment, rien ne va dans le Wild Web 3. AprĂšs la chute surprise de la stable coin terra (supposĂ©ment indexĂ©e sur le dollar, mais qui a perdu 99,9 % de sa valeur en quelques jours), le rĂ©alisateur Seth Green se rĂ©jouissait d'avoir mis la main sur un des fameux Bored Ape pour pouvoir l'intĂ©grer dans son prochain film... Manque de pot, il a cliquĂ© sur un lien de phishing et s'est fait piquer son mot de passe... Des histoires comme ça ainsi que d'autres rug pull, il y en a tous les jours sur Web 3 is going just great : une terrifiante chronique des arnaques quotidiennes du Web 3.0...