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Les NFT sont une révolution... mais de quoi exactement ? 

🥄Temps de lecture : 
5
 min.

Allez, on vous fait un prix d’ami : 100 €. Ce qu’on vous vend pour ce prix-là ? L'email que vous venez d’ouvrir. Enfin, plus exactement : l’original de cet email, certifié unique et impossible à copier. 

On attend vos offres !

💸💸

...


Personne ?

Quoi, acheter un truc digital auquel vous pouvez de toute façon accéder gratuitement, ça ne vous tente pas ?


Manifestement, vous ne connaissez pas les NFT : ces titres de propriété numériques qu’on collectionne un peu comme les cartes Panini. À un petit détail près : certains valent plusieurs millions 😱

Alors, c’est quoi exactement, les NFT ? Un délire de plus dans un univers de la finance qui, entre l’affaire Gamestop et les chèques en blanc des SPAC (on en parlera peut-être une prochaine fois) est devenu fou pendant le confinement ? Une révolution du marché de l’art ? Une simple bulle spéculative de plus ? Ou encore un peu de tout ça à la fois ?

Réponse à la fin de cette news. 

NFT, NFW ? 

On aurait bien commencé par vous donner la définition d’un NFT. Mais comme c’est assez technique et un peu boring, on va plutôt commencer par une petite histoire : celle d’un artiste Instagram qui s’appelle Beeple. 

Beeple est un vidéaste assez connu : il a bossé sur les clips de Justin Bieber ou Ariana Grande… plutôt solide, donc. Mais début septembre 2020, malgré ses 2 millions de followers, il n’a encore jamais vendu une seule œuvre. Puis, en octobre, il entend parler des NFT. Début décembre, il met quelques images en vente sur Nifty Gateaway, une marketplace de NFT. Résultat ? En un week-end, il empoche 3,5 millions $. 

Et ça ne s’arrête pas là. Fin mars dernier, la célèbre maison d’enchères Christies met en vente une autre de ses œuvres : Everydays : the First 5,000 days, qui compile l’intégralité de ses anciens posts Instagram (un peu comme feu les Best 9 d’Instagram). Adjugé, vendu, pour… 69,3 millions $. 

Après ça ?

Beeple devint du jour au lendemain le 3e artiste plasticien vivant le plus cher derrière Jeff Koons et David Hockney. 

Parmi les autres ventes un peu dingues de NFT, il y a aussi eu :


Bon, après tout ça, a priori, on devrait avoir votre attention.

Vous avez quand même l’impression qu’un truc vous échappe ?
Il y a de quoi... 😶


Concrètement, on achète quoi pour ce prix là ? 

NFT ? Ça veut dire “non-fungible token”, soit “jeton non-fongible”. Mais comme la traduction n’aide pas spécialement – pourtant, une fois n’est pas coutume, c’est un investisseur français qui a inventé la terminologie – on précise :

  • Jeton : un élément de la blockchain, sur laquelle sont gérés les NFT (et qui garantit leur authenticité). 
  • Non-fongible : c’est-à-dire non interchangeable — (par opposition à un billet de banque par exemple : quand vous déposez 100 € sur votre compte, la banque s’engage à vous rendre 100 €, pas forcément le même billet de 100 €)

En résumé, un NFT est un objet dont l’unicité est garantie par la blockchain.

Mais le mystère reste tout de même entier :

Pourquoi est-ce que ça coûte aussi cher ? 

Quand on achète un NFT, on achète le titre de propriété d’une œuvre d’art. Là où c’est un peu plus complexe, c’est que les NFT concernent des œuvres digitales —reproductibles à l’infini. Et donc :

  • vous ne pouvez pas l’accrocher dans votre salon : parfois, un NFT n’est même pas une image : il peut ne renvoyer qu’à une adresse web, visible uniquement en ligne. 
  • vous n’êtes pas forcément le seul à en profiter : selon les cas, un NFT peut être public ou privé. Vous pouvez donc être propriétaire d’une œuvre que tout le monde peut voir. 
  • vous n’avez d’ailleurs aucune propriété intellectuelle ou artistique sur l'œuvre — si le type qui a acheté le gif original du Nyan Cat espérait vendre des mugs ou des t-shirts, c’est raté.

Bref, un NFT, c’est un titre de propriété —et rien d’autre. Ce qui a fait dire à certains journalistes US que les NFT sont des “bragging rights” : moins des droits de propriété que des “droits de se la péter”...

Détenir un truc qu’on ne possède pas vraiment et que tout le monde peut voir gratuitement ? Au final, c’est un peu la même logique que ces gens qui achètent des œuvres d’art pour les exposer dans les musées plutôt que dans leur salon.

Spoiler : pour les NFT, c’est exactement pareil.


Les NFT, révolution du marché de l'art ? 


Il y a en général deux raisons d’acheter une oeuvre d’art :

La logique “mécène” : on a un coup de coeur pour un artiste qu’on veut absolument soutenir

La logique “marchand” : on investit dans un bien qu’on espère revendre plus tard avec une plus-value.

Au tout départ, les NFT étaient justement censés développer cette logique de “mécène” : les NFT permettent aux artistes d’authentifier leurs oeuvres grâce à la blockchain, mais aussi de recevoir directement des revenus, sans l’intermédiaire des galeries, grâce à des marketplace dédiées (NiftyGateway, Opensea, SuperRare… où le prix moyen d’un NFT ne dépasse pas $200).

Est-ce que  les NFT ont bien permis aux artistes de court-circuiter les galeries ?


Raté. Christies, Philipps, Sotheby’s… toutes les grandes maisons ont déjà intégré le jeu des NFT — et ça malgré leurs grandes réserves sur leur qualité artistique (allez plutôt jeter un oeil à l’insta de Beeple ou Mad Dog Jones

Pas étonnant que les maisons de vente aiment les NFT. Leur rôle ? C’est un peu celui du croupier de casino qui ne ferait qu’augmenter ses gains quand les mises s’élèvent (et jamais ses pertes) 🎰 Alors forcément, quand les prix montent, les galeries surenchérissent (elles avaient même déjà fait le coup en 2018 avec les œuvres générées par l’intelligence artificielle — que, tiens, tout le monde a oublié depuis). 

Et c’est donc la logique “marchand” qui a pris le pas sur la logique “mécène”. Tout le monde se rue sur les NFT en espérant y faire une plus value. Ce qui paraît assez légitime : l’art contemporain, c’est quand même un domaine qui a crû 5 fois plus que la Bourse en 20 ans (+360% pour Artprice 100 contre +75% pour le SP500 américain depuis 2000)… Ce qui fait dire à Laurence D. Fink, le fameux CEO de Blackrock que “les deux meilleurs investissements du monde sont l’art contemporain et les appartements à Manhattan”. 

Pas la peine de vous faire un dessin : avec des telles perspectives de rendements, énormément d’investisseurs se sont sentis venir d’un seul coup une sérieuse fibre artistique. 

Pour se mettre à souffler dans une belle bulle ?

NFT, Not Safe for Thunes ?

Quand on voit les prix des NFT, la question se pose très vite : les NFT sont-ils une bulle ? Et quand va-t-elle exploser ?

Ce qui est sûr, c’est que l’engouement autour des NFT surfe sur la 🌊 des cryptos : les investisseurs qui ont loupé le train du bitcoin ou de l’ether se disent que les NFT sont sans doute “the next big thing” — et ils y vont à fond. 


Est-ce qu’il est encore temps d’y aller ? Vu les montants déjà atteints, ça paraît déjà un peu tard pour se lancer… à moins de dégoter, par pure chance, le prochain artiste digital sur lequel le monde de l’art s’enflammera. Comme le résume, philosophe, le New York Times : “Tout ce qu’on peut faire, c’est parier”. 


Et toute dernière chose : est-ce que, malgré la blockchain, c’est vraiment si sûr ? On dit ça on dit rien, mais il y a déjà eu des bugs : comme ce hacker qui a failli réussir à créer des faux NFT de Beeple, ou ce type dont le NFT acheté à prix d’or n’était plus visible de lui ni de personne… comme une sorte de chat de Shrödinger version crypto. 

Bref, vous nous connaissez. À la volatilité des NFT ou des cryptos, prêtes à s’envoler au moindre tweet d’Elon Musk, on préfère… la solidité de la pierre :)

Uppercut de fin soirée

… et on vous souhaite qu’il soit en terrasse ! Si c’est le cas, vous regarderez peut-être d’un œil un peu différent les pigeons autour de vous. Pas seulement parce qu’ils vous auront (presque) manqué, mais surtout parce qu’un de leurs congénères s’est vendu 1,6 million €. 1,6 million € pour un pigeon ? Pas n’importe lequel : New Kim, une des plus grandes championnes de courses de pigeons voyageurs, très populaires en Belgique, et dont commencent à s’enticher les millionnaires chinois. Qui y voient un investissement : vu son palmarès, chacun des dix oeufs que New Kim pondra par an en moyenne vaudra facilement 10 000 €, voire plus. Qui a dit que la colombophilie était un truc de pigeons ?

Crédits images : Franscesco Izzo (Body 1), Lucas Wakamatsu (Body 2), Agnieszka Świętek (Uppercut)