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L'argent rend-il mauvais ?

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5
 min.

Ah, vous avez ouvert ce mail ? MalgrĂ© ce titre racoleur et ce clichĂ© Ă©culĂ© ? Bon, en mĂȘme temps, avouez. De temps en temps, les super-riches ne font rien pour faire mentir les stĂ©rĂ©otypes, bien au contraire. Coucou les dĂ©lires mĂ©galo de Jeff Bezos qui s’apprĂȘte Ă  faire dĂ©monter un pont historique Ă  Rotterdam pour son gros bateau. Alors si comme nous, vous avez adorĂ© dĂ©tester la famille Roy dans l’incroyable sĂ©rie Succession, vous vous ĂȘtes forcĂ©ment posĂ© la question : mais pourquoi les riches sont-ils si mĂ©chants ?

Et est-ce que l’argent rend fou ?

Quand on y pense, c’est peut-ĂȘtre la premiĂšre question Ă  laquelle une newsletter de finances personnelles devrait rĂ©pondre
 Alors il Ă©tait temps que Spoune s’y mette.

L'expérience du Monopoly

On l’a tous constatĂ© le dimanche aprĂšs-midi : le Monopoly ne rĂ©vĂšle pas toujours la meilleure part de nous-mĂȘmes... Justement, en 2013, le chercheur Paul Piff a utilisĂ© le Monopoly pour Ă©tudier comment l’argent pouvait transformer le comportement des gens. Il proposait Ă  deux volontaires de jouer au Monopoly, mais attribuait alĂ©atoirement Ă  l’un d’eux plusieurs avantages : plus d’argent au dĂ©part, et un dĂ© supplĂ©mentaire Ă  lancer.ForcĂ©ment, le privilĂ©giĂ© gagne
 Et rapidement, son comportement change :

  • il dĂ©place son pion en faisant plus de bruit ;
  • il mange plus de bretzels ;
  • il se moque du joueur le moins chanceux ;
  • Ă  la fin, il explique son succĂšs par sa meilleure stratĂ©gie.

Bruyant, gourmand, sans empathie et prĂ©tentieux. Bref, selon l’expĂ©rience de Paul Piff, l’argent rendrait horrible
 😠

OK, too bad pour le Monopoly
 Mais dans la vraie vie ?

Dans la vraie vie ? Les travaux de ce fameux Paul Piff tendent Ă  montrer que oui, l’argent rendrait mauvais. Dans ses Ă©tudes, les riches prennent cher


  • Les plus riches (revenu >$150K) se servent deux fois plus souvent que les plus pauvres (<$25K) dans un pot de bonbons Ă©tiquetĂ© “pour les enfants”.
  • Quand il faut choisir entre garder pour soi un billet de $10 trouvĂ© par hasard ou le donner Ă  un inconnu, les plus pauvres donnent 44 % plus souvent que les plus riches.
  • À un passage piĂ©ton prioritaire, plus une voiture est chĂšre, moins elle est susceptible de s’arrĂȘter (la probabilitĂ© diminue mĂȘme de 3 % par tranche de $1000) 🚘

Evidemment (et c’est toute la beautĂ© des sciences sociales), plein d’autres Ă©tudes arrivent Ă  des rĂ©sultats diamĂ©tralement opposĂ©s, tendant Ă  prouver que les riches ont un cƓur d’or 😍

  • À Londres, quand une enveloppe est trouvĂ©e par terre, il y a quelqu’un pour la ramasser et la poster dans 87 % des cas dans les quartiers riches — contre 37 % dans les quartiers pauvres.
  • Aux Etats-Unis, plus les gens sont riches, plus ils sont susceptibles de donner un rein.

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Alors ? Dur dur d'ĂȘtre blindĂ© ?

Avant de les plaindre, relativisons : les riches sont de plus en plus riches. Entre mars 2020 et octobre 2021, la fortune des milliardaires français a augmentĂ© de 86%. Et dans le monde, c’est pareil. Ce qu’ils font de tout leur argent ? Il y a plusieurs options :

  • Ceux qui claquent tout : dans des maisons dĂ©mesurĂ©es ou dans des dĂ©lires mĂ©galos type course Ă  l’espace (Musk, Bezos) ou Ă  l’immortalitĂ© (Sergei Bryn) 💾
  • Ceux qui en donnent une partie : comme les 69 milliardaires membres de The Giving Pledge, de Bill Gates et Warren Buffet, qui ont promis de donner au moins la moitiĂ© de leur fortune Ă  des Ɠuvres de charité  au sens trÚÚÚs large : ça va de “combattre la malaria en Afrique” Ă  “construire un bĂątiment Ă  votre nom dans son ancienne universitĂ©â€...

Eh oui, quand les riches donnent, certains ne peuvent s’empĂȘcher de voir l’anguille de l’optimisation fiscale sous le petit rocher de la gĂ©nĂ©rosité  Bon, d’un cĂŽtĂ©, leurs dons sont Ă©videmment indispensables au fonctionnement de bon nombre d’organismes. Mais de l’autre, il est vrai que certains super-riches abusent un peu de l’optimisation fiscale — lĂ -dessus, voyez l’excellent Billionnaire Tax Calculator. Mais rĂ©cemment, il y a aussi de plus en plus de riches qui se mĂ©fient de la richesse :

  • Pour les autres (enfin surtout
 pour leurs enfants) : il y a par exemple Pierre-Edouard StĂ©rin, fondateur de Smartbox, qui a dĂ©shĂ©ritĂ© ses enfants pour â€œĂ©viter de les pourrir”, et donnera ses 800 millions d’euros Ă  des associations. Ou encore Charles Kloboukoff, qui a transmis son entreprise LĂ©a Nature Ă  un fonds philanthropique.
  • Pour eux-mĂȘmes : dans son livre Ouvrir une voie, Emmanuel Faber explique, entre autres, avoir refusĂ© 20 millions d’euros de retraite chapeau pour financer plutĂŽt un programme d’actionnariat salariĂ©, avoir donnĂ© sa maison de famille Ă  une asso de rĂ©insertion, rouler en Clio et passer toutes ses vacances dans un chalet du Queyras.

À propos d’Emmanuel Faber, c’est aussi lui qui dit :

“Il est grand temps que les gens qui ont suffisamment d'argent se posent la question de ce qu'ils font du reste"

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Ok Spoune : prenez mon argent, moi non plus je n'en veux plus...

Mais non, rangez votre chĂ©quier
 La question, c’est de savoir comment faire bon usage de son argent. On en parlait dans notre Spoune prĂ©cĂ©dente : l’argent, c’est du temps. Il nous permet d’aller plus vite, plus loin
 Et bien souvent, dĂ©penser de l’argent est incompatible avec un comportement vertueux.

Dépenser, c'est polluer  

En plein rĂ©chauffement climatique (+1,09°C en un siĂšcle selon le dernier rapport du GIEC), s’envoler Ă  l’autre bout du monde est le plaisir coupable auquel les plus riches n’arrivent pas Ă  renoncer ✈

  • Les 1% les plus riches Ă©mettent 17% des Ă©missions carbones
  • Les 10% les plus riches Ă©mettent 50% des Ă©missions carbones

Pas la peine d’aller en vĂ©lo au travail ou d’acheter ses fusilli en vrac chez Biocoop si on part en week-end Ă  New York. Pour rappel, 1 A/R NYC reprĂ©sente 1T eqCO2, soit 50 % du budget carbone par habitant
 Mais il n’y a pas que l’avion, puisque globalement, consommer, c’est polluer. Sans compter — on en avait aussi parlĂ© dans cette Spoune — que mĂȘme l’argent que vous placez Ă  la banque pollue
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Est-ce que ça peut changer ? Un des grands enjeux des annĂ©es 2020, ce sera l’intĂ©gration des normes extra-financiĂšres (c’est-Ă -dire les impacts sociaux et environnementaux) dans le prix des biens et services. Peut-ĂȘtre qu’un jour, il faudra payer plus pour consommer plus


L'argent donne le droit de tricher

À partir d’un certain niveau de richesse, les sanctions financiùres ne jouent plus leur rîle dissuasif.
Exemple : si j’accepte de payer l’amende pour stationnement sur une place handicapĂ©e (en France, 135€), ai-je le droit de m’y garer ?

À cette question, Steve Jobs rĂ©pondait oui. ForcĂ©ment : proportionnellement Ă  son revenu, l’amende reprĂ©sentait pour lui moins que le ticket de stationnement pour un amĂ©ricain moyen


Fun fact : il faisait mĂȘme ça tellement souvent qu’en 2016, 5 ans aprĂšs sa mort, la ville de San Francisco s’est aperçue qu’elle lui devait un trop perçu. ‍

Est-ce que ça peut changer ? En Scandinavie, la plupart des infractions sont punies par des “amendes jours”, calculĂ©es sur la base d’une journĂ©e de revenu moyen. C’est ce qui explique qu’en 2015, un homme d’affaires finlandais coupable d’un excĂšs de vitesse (il roule Ă  90 au lieu de 60) se soit pris un PV de 54 000 euros


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L'argent fait croire que tout est acquis

La fameuse série Succession reprend le fameux adage à propos de la transmission de la richesse :

"The first generation makes it, the second generation spends it, and the third generation blows it."

Cette phrase, personne ne l’incarne mieux que la famille Vanderbilt : on croyait la fortune de son fondateur CornĂ©lius inĂ©puisable 💰 48 ans aprĂšs sa mort, toute sa famille Ă©tait ruinĂ©e Ă  cause des mauvaises dĂ©cisions de ses hĂ©ritiers


Parce qu’encore pire que devenir riche, il y a
 naĂźtre riche. Clay Cockrell, le psychologue des super-riches, explique le systĂšme qui a produit tant d’hĂ©ritiers incompĂ©tents : des parents hyper protecteurs qui empĂȘchent leurs enfants d’apprendre la valeur du travail, du sacrifice ou du challenge — mĂȘme s’il y a Ă©videmment des exceptions. Parce que le pire, quand on naĂźt riche
 c’est d’oublier ce que l’argent vaut vraiment.

Car, comme dirait l’oncle Ben de Spiderman


"With great money comes great responsibility"

En fait, le problĂšme, ce ne sont pas les riches : c’est l’argent. Plus on dĂ©pense, plus notre impact augmente, et plus il devient important de prendre les bonnes dĂ©cisions. Et, en passant, de relativiser la notion de mĂ©rite : parce que comme au Monopoly, on prĂ©fĂšre toujours attribuer son succĂšs au mĂ©rite
 plutĂŽt qu’à la chance. Devenir riche ne rend pas plus heureux. Mais ça peut en revanche faire de nous de trĂšs mauvais citoyens. Alors on garde en tĂȘte le conseil de l’oncle Ben
 et on continue Ă  lire Spoune đŸ„„

Crédits images : Blok Magnaye, Joanna Gniady

Uppercut de fin soirée

C’était censĂ© ĂȘtre la plus belle villa des Etats-Unis, voire du monde. Son promoteur l’a appelĂ©e The One Bel Air. Elle fait 10 000 m2,  21 chambres, 42 salle de bains, 6 ascenseurs, un cinĂ©, un spa, plein de piscines, 1 boĂźte de nuit, 10 000 grands crus, et 50 places de parking. Elle devait ĂȘtre vendue $500 millions et devenir la maison la plus chĂšre des Etats-Unis. RatĂ©. CriblĂ© de dettes, le projet s’est vendu aux enchĂšres pour “seulement” $126 millions. Et encore, elle n’était qu’à $70 millions Ă  1 minute de la fin
 Pour une visite guidĂ©e et une rencontre avec son “modeste” promoteur Nile Niami, c’est ici.